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Interview de Serge Payeur, co-fondateur de la société SIL-LAB Innovations

Serge Payeur

Serge Payeur

Bonjour Serge Payeur, pourriez-vous vous présenter à mes lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Serge Payeur, 45 ans, co-fondateur de la société SIL-LAB Innovations qui propose le service en mobilité P-A-D pour gérer le prélèvement à domicile des patients en dehors du Laboratoire de Biologie Médicale (domicile, lieu de travail, …).

Avant de créer ma startup, j’ai travaillé en tant que consultant pendant plus de 11 ans chez Accenture, puis pendant 6 ans comme Directeur des Systèmes d’Information de l’un des plus important groupe de laboratoires de biologie médicale européen. A l’âge de 15 ans, j’ai créé un jeu vidéo qui a été commercialisé par Ubi Soft.

Je baigne dans la culture digitale et dans le Cloud depuis leur apparition et je crois que le digital va profondément changer notre relation avec les professionnels de santé. Contrairement à beaucoup de monde, je pense que le digital va replacer les professionnels de santé au cœur de notre système de soin et va les aider à améliorer le quotidien des patients. La santé connectée complètement gérée par des algorithmes, je n’y crois pas et je ne la souhaite pas.

Quel est le constat qui vous a incité à développer l’application P-A-D ?

En tant que Directeur des Systèmes d’Information d’un groupe de laboratoires de biologie médicale, je voyais arriver environ 15% de dossier patient très incomplet en termes d’informations nécessaires pour une bonne prise en charge. La date et heure de prélèvement est par exemple une information très importante, certains prélèvements ayant une stabilité de quelques heures. L’identité du préleveur est importante si le biologiste a besoin d’informations complémentaires.

En creusant progressivement, je me suis aperçu que ces problèmes étaient fortement liés à la prise en charge des patients à domicile qui était beaucoup trop complexe avec les feuilles de prélèvement à remplir manuellement. Certains dossiers arrivaient sur des bouts de papier déchirés à la hâte. Avec juste le nom et le prénom du patient. Petit à petit la solution était évidente, il fallait un système simple à utiliser sans saisie qui permettait une saisie vocale et qui savait gérer un historique des prélèvements du patients au sein du cabinet d’infirmier. Il fallait aussi que ce système sache travailler hors couverture réseau tout en envoyant les données dès que possible.

L'application P-A-P

L’application P-A-PEn 2013, les technologies des téléphones portables avaient enfin la maturité nécessaire pour y arriver et le patient pris en charge à domicile allait enfin avoir droit au même niveau de prise en charge que celui qui se déplace au laboratoire.

J’ai décidé de me lancer dans l’aventure entrepreneuriale.

Avec quels types de donnés médicales avez-vous paramétré cette application ?

Aujourd’hui, il y a finalement peu de données réellement médicales. L’application ne gère pas le résultat du patient qui suit d’autres voies. Nous avons l’identité du patient qui est lue sur un QR Code envoyé par le laboratoire, la photo de l’ordonnance, le nombre de tubes prélevés par couleur, les traitements médicamenteux en cours, le poids du patient, … L’infirmier peut ajouter des commentaires pour le laboratoire. Notre plateforme est donc hébergée chez un hébergeur agrée HDS.

Comment réagissent les malades lorsque vous utilisez devant eux l’application, au lieu de tout noter à la main ?

Les premiers infirmiers se sont rendu compte que les patients avaient l’impression qu’ils faisaient des SMS à la place de travailler ! Ils ont alors compris que le mieux était de scanner le QR Code et de faire vérifier rapidement les informations sur l’écran par le patient. Voyant cela, les patients sont rassurés de voir la qualité de la prise en charge. Pour la très grande majorité ils réagissent tellement bien que certains infirmiers en font un élément différenciant de leur qualité de service.

Nous avons donc intégré cette recommandation dans notre formation des infirmiers.

La deuxième fois que l’infirmier vient et qu’il a toujours sur son téléphone l’ordonnance renouvelable du précédent prélèvement, le patient est rassuré de voir qu’il est connu et suivi professionnellement. P-A-D est déjà utilisé pour le prélèvement dans plusieurs EHPAD, et non seulement les patients sont contents, mais aussi les équipes de l’EHPAD concernée.

Comment pensez-vous la faire évoluer à l’avenir, aura-t-elle de nouvelles fonctions ?

Nous souhaitons la rendre toujours plus simple, plus rapide et plus intégrée pour l’infirmier. Petit à petit nous nous sommes aperçus que P-A-D est une grande source de partenariats avec les principaux acteurs du marché :

·        Nous avançons rapidement sur une version qui permettra une utilisation pour le prélèvement dans les cliniques.

·        On peut ajouter un volet logistique pour les coursiers avec suivi des tubes jusqu’au plateau technique du laboratoire.

·        Nous imaginons de plus en plus de fonctionnalités annexes qui vont donner de plus en plus d’avantages à l’infirmier pour le fidéliser. Objectif, une utilisation plus fréquente que son Facebook. Pour certains c’est déjà le cas.

·        Nous pourrions collecter le poids du patient sur son pèse personne connecté, les traitements médicamenteux sur son pilulier électronique. Nous sommes convaincus que la collecte des données des objets connectés de santé doit se faire par un professionnel de santé avec vérification, pour éviter d’envoyer des données erronées si, par exemple, les petits enfants on joués avec le pèse personne.

Votre mot de la fin ?

Depuis plus de 30 ans, le rôle des laboratoires de biologie médicale est de poser des diagnostics sur de l’analyse de données. Nous pouvons tous voir que nos prises de sangs sont converties en données et donnent lieu à un diagnostic du biologiste médical que l’on peut assimiler à un premier niveau de médecine prédictive. Les biologistes ont déjà aujourd’hui tous les outils pour traiter des grands volumes de données avec des algorithmes puissants pour détecter les cas pathologiques par rapport aux cas normaux. Ces outils savent aller plus loin dans la médecine prédictive et attendent les nouvelles données.

P-A-D a un rôle majeur dans cette collecte des Dispositifs Médicaux (DM) et Dispositifs Médicaux de Diagnostic In Vitro (DMDIV) puisqu’il est ouvert et compatible avec les systèmes qui équipent 90% des laboratoires de biologie médicale aujourd’hui.

La médecine prédictive va arriver plus vite qu’on ne le croit. Le biologiste médical est celui qui assurera ce rôle et le médecin, comme aujourd’hui, continuera à recevoir un résultat d’analyse mais avec un niveau beaucoup plus détaillé.

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